05 décembre 2005

De Gao à Mopti

gaoDe Gao à Mopti… Ce matin, comme je l’avais promis, je suis passé sur le port au bord du fleuve, voir si mon réfugié guinéen était là. Il y était, alors chose promise chose due, je l’embarque derrière. Avant hier, il m’avait longuement raconté son aventure, les militaires qui les embarquent et les balancent n’importe où, ceux qui sont malades et puis ceux qui meurent aussi. On est nés libres et égaux, certes, mais y’a de sacrées nuances. Il me dit que les Algériens, les ont traités comme des chiens, que c’est pas des bons musulmans, que les bons c’est les saoudiens…putain, merde, je me suis trouvé un abruti, ça m’apprendra à faire mon boy scout…Il m’a dit qu’il allait prier pour moi, je sens que mon nouveau passager va encore être plus casse-couille que mes guides . Je lui ai donc calmement expliqué que j’avais des supers potes Algériens, que c’est pas les gens d’Algérie qui étaient des cons mais seulement les militaires de toute la planète, et puis qu’il prie surtout pour lui, moi j’en ai pas vraiment besoin. On a pris la route; le bac était juste à quai, il n’y a même pas fallu attendre. Quelques kilomètres plus loin, je me suis pris un mouton…ils sont crétins aussi ces moutons, pire que des poules. Il y a sept ans, j’en avais déjà buté un . C’était au Burkina, derrière, je venais de récupérer comme passager mon pote Dany, le John Wayne de la BD belge, à lui seul deux quintaux de viande rouge et turgescente. Le mouton qui était tout p’tit, on l’a même pas senti passer. Ce coup çi, c’était pas pareil : le bestiau était plus volumineux, et mon passager, assez peu nourri ces dernières semaines , ne devait pas peser bien lourd. Moi non plus d’ailleurs, ça m’étonnerait que j’ai pris du kilo . A force de bouffer des dattes, on stocke plus du gaz que du gras. Bon, donc on a tapé dans le mouton, la moto est partie un peu en vrille, j’ai vaguement maîtrisé sa course en bas du talus pour remonter sur la route un peu plus loin. Plus de peur que de mal, mon clandestin s’est un peu ouvert l’orteil, mais il en a tellement bavé ces derniers temps qu’il m’a dit que c’était rien du tout. Moi qui ne cesse de vomir des kilos de bile fielleuse sur les gros nazes du Paris Dakar qui traversent les villages à deux cent en écrasant tout c’qu’y bouge, je vaux pas mieux qu’eux ! Après, il ne s’est pas passé grand chose, des kilomètres de savanes arbustives avec une herbe jaune presque fluo, c’est assez joli, mais bon … Je tuais donc le temps en grignotant des bouts de ma lèvre inférieure, transformée en crackers Belin par tous ces jours d’air vigoureusement sec, quand j’ai vu lentement sortir des brumes de chaleur, un genre de caillou géant comme on voit toujours dans les films de coboilles. Pendant deux cent bornes, la route se balade entre toutes ces montagnes et ces canyons ; ça change un peu, on finit par avoir l’œil baladeur et on arrête de se manger la lèvre pour contempler un peu. Jusqu’à Mopti, y’a presque six cent bornes. J’avais bien envie de camper dans la savane fluo ou m’arrêter dans cet hôtel campement tout en tentes touaregs où on s’était posé pour boire un coup, mais que faire de mon passager ? Alors, j’ai poussé jusqu’à l’entrée de Mopti mais comme on ne voit rien, la nuit, dans ces contrées, on s’est fini dans une espèce de rade hôtel resto , où j’ai finalement invité mon passager clandestin, comme ça il priera encore plus pour moi…Le pays a changé, on y croise les premiers baobabs et les femmes qui pilent, paf, dans le mil…et la première bière …il est loin le pays Touareg…c’est des doses d’un litre… et évidemment mon squatteur ne veut pas partager . Je suis déjà un peu bourré …

au_pied_des_canyons

Posté par ptiluc à 16:21 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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